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On a deux yeux de trop

Voici un livre qui nous parle et nous montre des réfugiés rwandais vers l'ex-Zaïre, aujourd'hui la République Démocratique du Congo, en 1994.
Faisant suite au génocide des Tutsis et Hutus modérés d'avril à juin 1994 et à la prise en main du Rwanda par les Tutsis (FPR) venant d'Ouganda, une grande partie de la population hutu, responsable de crimes ou pas, se réfugie vers le pays voisin, le Zaïre. Les conditions désastreuses de ces réfugiés provoquent une épidémie de choléra...
Florence Aubenas par le texte et Anthony Suau par les photos témoignent de cet exil.
 
 "On a deux yeux de trop"
Anthony Suau et Florence Aubenas
Editions Actes Sud
 
Extraits
 

"... Les voitures de presse, qui viennent à leur rencontre, ne les entendent pas venir. La masse surgit soudain d'un repli de colline. Déjà, elle entoure la voiture, l'immobilise dans l'étau de ces corps sans même sembler la voir. Parfois, un visage se colle contre le pare-brise. Puis disparaît sans un regard, retourne à la foule. Les mains ne se tendent pas, les yeux même ne demandent rien. Dans le flot, une femme ploie les jambes. Elle tombe sur les coudes, son enfant sur les bras. Se traîne un peu, puis reste là, lèvres écumantes. Le bébé hurle, secoue le sein sans vie. Personne ne s'arrête. Le reste de la colonne a juste un soupir pour ce corps qui entrave sa marche.

...Catherine, jeune médecin de MSF, se penche sur les malades, séparés des autres réfugiés par de fragiles rubans fluorescents. Tous les matins, elle fait "son tri".

Dun côté, les morts de la nuit ; de l'autre, ceux qui respirent encore. Depuis le début de l'épidémie de choléra, deux cent cinquante personnes meurent là, chaque jour, allongées en plein vent, au milieu des cailloux. Catherine parlent doucement des médicaments qui n'arriveront jamais à temps et jamais assez nombreux. "Au début, on craignait des rébellions parmi les réfugiés, comme cela s'est passé au sud du Zaïre, par exemple. Mais ici, ils crèvent en silence." Elle manie des perfusions, patauge dans une boue d'excréments. "L'autre jour, on a fait un sondage approximatif à l'infirmerie du camp. Plus de la moitié de ceux qui viennent se faire soigner sont par ailleurs atteints du virus du sida." Elle refuse les épais gants de protection. Hausse les épaules devant les recommandations. "On piquerait deux fois moins de malades par jour. On ne peut pas se le permettre."

Commentaires

  • La vie, ou plutôt la détresse et la survie dans les camps des réfugiés sont souvent des concepts assez abstraits dans la tête des gens. Afin de sensibiliser à la réalité des camps de réfugiés, deux universités québécoises organisent des « simulations » de 24 h de la vie dans les camps de réfugiés.

    Un article qui en parle :
    Sur la piste des réfugiés... http://www.dailyjungle.net/index.php?idarticle=427

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